
Dans son interview parue dans le "Monde" daté du 23 Janvier, abordant le thème des dépenses de santé, Nicolas Sarkozy répète à deux reprises : " Il faut essentiellement responsabiliser le patient. " par des franchises de remboursement (ticket modérateur – qui existe déjà et qui est un des plus élevés d’ Europe).
Responsabiliser financièrement le patient n’a économiquement aucun sens dans la consommation médicale qui est , pour l’essentiel, une économie subie et non choisie; on ne choisit pas d’être malade, et, quand on l'est, on n'est pas compétent pour juger des dépenses qui vous sont prescrites: si votre médecin vous prescrit un scanner, sur quelles bases pouvez-vous juger qu’il n’est pas indispensable ?
Par contre, l’importance de la franchise peut dissuader financièrement les plus faibles revenus de se soigner : le ticket modérateur est en réalité un ticket d’exclusion, puisqu’il ne joue que sur possibilités financières de chacun, sans prendre en compte aucun critère d’utilité médicale.
Cette injustice sociale se double d'un non-sens économique complet: tous les spécialistes de santé publique savent qu'il faut faciliter financièrement le plus possible l'accès au médecin de premier recours - c'est-à-dire le médecin généraliste - car les diagnostics et traitements précoces, susceptibles d'éviter qu'une maladie ne devienne grave - donc chère- constituent le premier facteur d'économies des dépenses de santé: c'est pourquoi, dans la plupart des pays développés, l'accès au médecin généraliste est dispensé de toute avance de frais et de franchise; il est absurde de dissuader financièrement ce que les considérations de santé publique et d'économies de santé devrait inciter à encourager!
La seule responsabilisation financière possible serait celle des ordonnateurs des dépenses, c’est-à-dire des prescripteurs…celle que Nicolas Sarkozy écarte d’office : " La médecine libérale, qui ne représente que 15 % des dépenses, a fait beaucoup d'efforts " ; je ne vois pas lesquels, en dehors des combats facilement gagnés par les spécialistes pour obtenir des droits quasi constants aux dépassements d’honoraires , et dont le montant vient s'ajouter à la franchise financière pour majorer d'autant la part laissée à la charge des malades.
Il convient de rappeler ici:
-qu’entre 1990 et 2004, le revenu des médecins spécialistes a progressé trois fois plus vite que celui des salariés, selon le prochain rapport du Haut conseil pour l'avenir de l'assurance-maladie (Hcaam), attendu cette semaine, et qui illustre le fait que les efforts financiers ont toujours été demandés aux seuls salariés;
-qu’en Allemagne, le montant des honoraires médicaux est fixé en fin d’année, en fonction des comptes de l’ Assurance-Maladie : en cas de déficit, il est abaissé, et les médecins doivent rembourser le trop-perçu, compte tenu des nouveaux tarifs à effet rétroactif (système dit des " lettres clés-flottantes ")
Mais, ces cinq dernières années, le gouvernement a été tétanisé par son obsession d' éviter de mécontenter de quelque façon que ce soit les médecins; ce qu'on peut appeler son "syndrôme plan Juppé", auquel il attribue son échec aux législatives de 1997.
L'exemple de l' Allemagne nous montre pourtant qu'une réforme de l' Assurance-Maladie, nécessairement douloureuse, ne peut réussir que si les sacrifices sont équitablement répartis entre les assurés, les professionnels de santé et l'industrie pharmaceutique: en choisissant, pour des considérations aussi électoralistes qu'idéologiques, de favoriser ces deux dernières catégories et de faire porter tout le poids financier des réformes aux seuls assurés, Nicolas Sarkozy opte pour une médecine de classe et prépare une situation socialement explosive.
Par Elie
-
Publié dans : Pêle-mêle
Lundi 22 janvier 2007
1
22
/01
/Jan
/2007
16:25
2
Mais il est surprenant que nos leaders et leaderesses politiques n'aient pas réagi au quart de tour...et je ne suis même pas sûr qu'ils le feront.